Penone: des arbres assiègent les jardins de Versailles

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L’art contemporain prend une nouvelle fois place à Versailles. Giuseppe Penone est le sixième artiste contemporain à s’installer dans les jardins du château, jusqu’au 30 octobre 2013. Ses Alberi prennent place principalement dans les jardins, à l’occasion du tricentenaire de Le Nôtre.  Malgré une opposition toujours mobilisée, l’art contemporain est de plus en plus présent dans les monuments historiques.

La polémique sur la légitimité de l’art contemporain au sein des monuments historiques semble peu à peu s’atténuer.Ce n’est pas sans risque que l’ancien directeur du Château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon, a fait le pari de l’art contemporain, en 2008, avec l’exposition « Jeff Koons Versailles ». Beaucoup d’opposants s’indignaient de ce mélange des genres. Un des héritiers du roi Soleil, lui-même, avait porté plainte contre l’exposition pour profanation et atteinte au respect dû aux morts. Il avait été débouté, mais cette anecdote montre la tension que cette « révolution » a entraîné.

Un cap maintenu

L’arrivée de Catherine Pégard à le direction en 2011, n’a pas modifiée la programmation du château de Versailles. L’exposition « Vasconcelos Versailles »  était le choix du directeur précédent, mais Penone est son choix personnel, et confirme ainsi la présence de l’art contemporain à Versailles. Avec une petite nuance tout de même, Jean-Jacques Aillagon voulait faire de Versailles un lieu de « métissage culturel ». Pour Catherine Pégard, «Les artistes ne viendront pas à Versailles, mais pour Versailles» déclare-t-elle au Monde. Désormais les œuvres exposées devront avoir un lien avec le Château. C’est ainsi qu’en 2015, elle prévoit de présenter les crânes de vanité de Damien Hirst à l’occasion du tricentenaire de la mort de Louis XIV. Cependant, quelques mécontents de la politique culturelle du Château de Versailles persistent dans leur opposition. Une pétition a été lancée récemment “contre les expositions dégradantes au Château de Versailles”. Chaque événement d’art contemporain au Château voit la création d’associations d’opposants et de pétitions demandant leur annulation. Cependant, le succès des dernières expositions rend marginale cette opposition réactionnaire, qui mêle allègrement lutte contre le mariage pour tous et « protection » du patrimoine.

Fréquentation en augmentation

Malgré ces polémiques et ces oppositions, la fréquentation ne cesse d’augmenter depuis plus de 10 ans. La nouvelle politique culturelle initiée par Aillagon, mêlant art contemporain et monuments historiques, n’a pas entamé cette augmentation. L’année 2011 a même été l’année record de fréquentation du château, avec 5,3 millions de visiteurs hors spectacles. Ainsi, des publics peu habitués à l’art contemporain ont l’occasion d’observer des œuvres qui étaient jusque là réservé à une élite de connaisseurs. On peut sans doute y voir la marche continue de la « démocratisation » de l’accès à la culture.

Une tendance nationale

De plus en plus de conservateurs de monuments nationaux sont prêts à accueillir l’art contemporain. Cette tendance a mené l’Institut National du Patrimoine et le Centre de Recherche du Château de Versailles à proposer conjointement un colloque  “Exposer l’art contemporain dans les monuments historiques”, lors des “Rencontres Européennes du Patrimoine” de 2010. Toutefois, le dialogue entre art contemporain et monuments historiques ne fait pas l’unanimité, et le débat reste d’actualité chez les professionnels de la culture et du patrimoine.