L’Italie sur le parvis de la mairie du 13°

semaine_italienne-d6bd5C’est où l’Italie? Cette semaine c’est sur le parvis de la mairie du 13°. La municipalité organise la 13° édition de la « Semaine Italienne ». Au programme : films italiens, musique et spécialités culinaires. Il vous faudra cependant mobiliser vos cinq sens pour retrouver cette Italie, la manifestation est en perte de vitesse.

Pas d’Italie sur la place. Il fait pourtant beau en cette fin d’après-midi. Le soleil tape sur les pavés et aveugle le marcheur qui cherche les stands italiens. Si vous êtes organisés vous aurez repéré sur le site de la ville l’emplacement précis des stands. Vous descendrez à l’arrêt de métro « place d’Italie » et prendrez la sortie mairie du 13°. Vous verrez alors les fanions aux couleurs de l’Italie en sortant du métro. Une légère brise complice vous portera peut-être les fragrances d’arabica de la machine expresso installé juste à la sortie.

Des stands très localisés

Sur le parvis vous trouverez d’autres stands encore. Un stand avec des livres empilés sur des tables, d’autres stands semblables moins visibles cachent leur contenu. En vous avançant vous verrez à gauche le stand d’une épicerie sicilienne vendant des pâtes et faisant déguster de la tapenade. A droite un stand  qui vend des bijoux en pierre de l’île de Murano située à l’intérieur de la lagune de Venise. Des masques accrochés rappellent vaguement la place Saint Marc les jours de Carnaval. En faisant le tour de la place, on est déçu de ne pas trouver plus de cinq ou six stands devant la mairie. Les éditions précédentes étaient beaucoup plus importantes, et l’événement perd peu à peu de son importance faute de moyens.

Un habitué des lieux

En s’approchant encore un peu on finit par entendre une langue latine. Peut-être un patois sicilien, c’est Alexandre qui parle, le patron de l’épicerie Saveurs de Sicile. Il vient depuis 7 ans au festival tenir le stand d’épicerie fine. Il fournit en produit sicilien des restaurants et des traiteurs de la capitale. Cette semaine il tient également la buvette à côté de la mairie du 13°; vous pourrez déguster du Chianti, de la bière et des spécialités siciliennes pour l’apéritif. Pour le dessert vous pourrez déguster ses biscuits d’amande, sans farine. Quand on l’interroge sur l’emplacement des autres stands, il s’étonne et répond « les seuls stands que vous trouverez sont ici ». Comprenez sur le petit parvis de la mairie du 13°.

La littérature présente sur la place

Place à présent à la culture italienne côté littérature. La Libreria, une librairie italienne du 9° arrondissement, tient le stand de livres et propose des œuvres classiques de la littérature italienne, mais aussi des traductions de best seller actuels comme Fifty shade of Grey, en italien dans le texte : Cinquanta sfumature di Grigio. La librairie est présente depuis 7 ans également et organise régulièrement des événements littéraires: des lectures publiques de signatures d’auteurs. On assiste au mélange de culture; une cliente parle en italien et on lui répond en français.

Où est passé le parlé fort des italiens ?

En continuant sur le parvis, la scène montée pour la lecture du soir  est occupée. Cette lecture intimiste décevra peut-être ceux qui s’attendaient à trouver le parler fort légendaire des italiens. MER « à ceux qui aiment en silence » de Tino Caspanello, traduit du sicilien.Mais quel silence! Les voitures vrombissent à droite et a gauche lorsque le feu passe au vert. Deux dames se disputent dans le public parce qu’une des deux parle trop fort avec sa voisine. Le silence! Le cliché veut pourtant que les italiens parlent fort! Le silence est-il italien? Tout l’environnement semble dire non.

Un frontière invisible

Tout semble souligner le caractère insolite de cette présence italienne devant la mairie. Dans le public il y a de la tension entre ceux qui veulent écouter, et ceux qui discutent. Un Vélib’ qui comptait traverser le parvis est attrapé au vol par un vigile qui lui signifie clairement qu’ici on descend de son vélo. Le cycliste a franchi une frontière invisible. On sent la volonté des organisateurs de faire du parvis un lieu de festival. Mais la taille de l’emplacement face à l’immensité de la place d’Italie souligne plutôt le côté incongru de cette présence.

L’Italie en salle

De la tension et de l’agacement, l’Italie perd place. Est-ce une mauvaise idée? La lecture arrive à sa fin, une troupe de jeunes gens, une cinquantaine, traverse le parvis, juste derrière le public. En tendant l’oreille on reconnait de l’italien. Le vigile à l’entrée de la mairie confirme : ce sont les jeunes romains de l’école Civica Scuola delle Arti-Accademia di musica du 3° arrondissement de Rome qui viennent se préparer pour le concert du soir. Après une lecture sur le silence de ceux qui s’aiment en Sicile, vous aurez peut-être la chance d’entendre les plus belles bandes originales du cinéma Italo-français: les thèmes célèbres de Morricone, Piovani, Colais et d’autres encore. Cette année, la semaine italienne, ce sera plutôt en salle.